Les enfants terribles de la littérature

Chapô

La littérature permet aux auteurs de mettre en scène des personnages hauts en couleur, fictifs ou réels. Lorsqu’il s’agit d’enfants, ceux-ci agissent bien souvent comme un miroir déformant de la société, confrontant les adultes à leurs frustrations, leurs incohérences et leurs inaptitudes.

Les Aventures de Tom Sawyer, Mark Twain, éditions A. Hennuyer (1884)

Traduit de l’anglais (États-Unis) par William Little Hughes

Mark Twain entraîne le lecteur à travers les aventures de Tom Sawyer, un jeune orphelin élevé par sa tante Polly à Saint-Petersburg, ville fictive que l’auteur situe au bord du Mississippi. Malicieux et débrouillard, Tom préfère l’école buissonnière et les escapades avec son ami Huckleberry Finn, aux leçons et aux règles des adultes. Entre les ruses pour échapper aux punitions, ses premiers émois amoureux avec Becky et les expéditions sur le fleuve, son quotidien devient un terrain de jeux. Pour nourrir le récit, Mark Twain puise dans ses propres souvenirs d’enfance. Il met en scène le goût de la liberté, la force de l’amitié et l’imagination d’un garçon qui rêve d’échapper au monde des adultes.

Le travail consiste en une tâche que l'on est obligé d'accomplir, alors que le plaisir consiste en une occupation à laquelle on n'est pas obligé de se livrer. 

Tom Sawyer

Requiem des innocents, Louis Calaferte, éditions Julliard (1952)

Dans ce récit autobiographique, Louis Calaferte raconte son enfance misérable dans un quartier de Lyon à vif : « la zone ». Dans cet environnement interlope, où s’entassent les indigents des années 1930 et 1940, le petit Louis grandit comme tant d’autres enfants pauvres. Loin d’être dorlotés, ils sont confrontés à la crasse, à l’alcool et à la violence des adultes. Pour survivre, ils apprennent la débrouillardise et le vol. Malgré cette enfance marquée par la misère et les drames, Louis est le seul de ses camarades à obtenir le certificat d’études. Il découvre le goût des mots et des histoires. Requiem des innocents est son premier livre. Il est l’auteur de plus d’une centaine d’ouvrages : romans, récits, essais, carnets, théâtre et poésie.

Je pense que rien au monde n'est plus féroce, vicieux, criminel qu'un enfant.

Réquiem des innoncents

Sa Majesté des Mouches, William Golding, éditions Gallimard (1956)

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Lola Tranec

Dans ce roman, William Golding raconte le destin d’un groupe de garçons qui, après un accident d’avion, se retrouvent seuls sur une île déserte du Pacifique. Sans adultes pour les encadrer, ils tentent d’organiser leur vie : choisir un chef, construire des abris et entretenir un feu pour attirer les secours. Mais cette entente fragile se dégrade. Les rivalités, la peur et le désir de pouvoir prennent progressivement le dessus, jusqu’à transformer l’île en un lieu de violence.

À travers cette société d’enfants, Golding interroge les règles qui permettent aux êtres humains de vivre ensemble et ce qui arrive lorsqu’elles s’effondrent. L’aventure devient une exploration sombre de l’enfance, où la liberté se mêle à la cruauté et où l’innocence ne protège pas de la barbarie. Publié en 1954, Sa Majesté des Mouches est le premier roman de William Golding.

Ralph pleurait sur la fin de l'innocence, la noirceur du cœur humain et la chute dans l'espace de cet ami fidèle et avisé qu'on appelait Porcinet. 

Sa Majesté des Mouches

Zazie dans le métro, Raymond Queneau, éditions Gallimard (1959)

Dans cette épopée urbaine, Raymond Queneau raconte les tribulations de Zazie, venue passer un week-end à Paris chez son oncle Gabriel. Le patrimoine l’intéresse peu : ce qu’elle veut, c’est prendre le métro. Mais une grève contrarie son projet et transforme son séjour en une succession de rencontres et de péripéties. Curieuse, insolente et sans détour, Zazie bouscule les adultes avec ses questions et son franc-parler. À travers le regard de cette enfant, Queneau dépeint un monde déroutant, où les grandes personnes se contredisent et peinent à donner un sens à ce qui les entoure. L’humour, les jeux de mots et une écriture nourrie de langue parlée accompagnent cette découverte mouvementée de Paris.

Vzêtes marrant vous, dit Zazie. Vous savez jamais trop ce que vous pensez. 

Zazie dans le métro