Jeunesse en littérature : désirs, révoltes et apprentissages
Entre désirs d’émancipation, révoltes et premières désillusions, la jeunesse traverse la littérature avec ses élans et ses contradictions. Au fil de leurs découvertes, les personnages se confrontent aux règles, cherchent leur place et inventent leur chemin. Voici quatre exemples de récits qui explorent ce que grandir signifie.
Les quatre filles du docteur March, Louisa May Alcott, éditions J. Hetzel (1880)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par P.-J. Stahl
Les quatre filles du docteur March a été publié en 1868 aux États-Unis. Inspiré de la propre enfance de l'autrice, Louisa May Alcott, ce classique de la littérature retrace la vie de quatre sœurs en pleine guerre de Sécession. En l’absence de leur père Robert, pasteur nordiste engagé comme aumônier dans le conflit, les sœurs, âgées de 11 à 16 ans au début du roman, poursuivent leurs rêves et leurs aspirations, toutes guidées par des caractères très différents.
La vanité de Meg, la colère de Jo - alter ego de l’autrice -, la timidité de Beth et l'égoïsme d’Amy permettent à Louisa May Alcott de dépeindre les différentes facettes de la condition féminine d’alors. En faisant de Jo son personnage principal, elle questionne la place des femmes dans la société du XIXe siècle et leur droit à l'éducation, à l'ambition professionnelle et à l'autonomie financière. Le roman, plusieurs fois adapté au cinéma, a connu un succès retentissent et fait aujourd’hui figure de classique.
Nous avons tous la clef de nos futurs châteaux en Espagne, dit Jo ; reste à savoir si nous saurons ouvrir la porte ou non.
L'attrape-cœurs de J. D. Salinger, éditions Robert Laffont (1953)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Baptiste Rossi
Chef-d'œuvre de la littérature américaine, L'attrape-cœurs paraît en 1951 aux États-Unis. J. D. Salinger a alors 32 ans. Son héros et narrateur, Holden Caulfield, est un adolescent cynique de 16 ans renvoyé du lycée huppé de Pencey Prep quelques jours avant Noël. Préférant différer l’annonce à ses parents, il prend le chemin de New York où il erre trois jours durant, enchainant les rencontres et les désillusions. Du centre de repos où il se trouve désormais, il revient sur cette errance solitaire et raconte la crise d'adolescence, la perte de l’innocence et la rébellion contre l’hypocrisie du monde adulte. Le style novateur, qui conjugue langage familier, thèmes osés et tourment adolescent, ont contribué à faire de L’attrape-cœurs un succès mondial.
Y a des choses qui devraient rester comme elles sont. Faudrait pouvoir les planquer dans une de ces grandes vitrines et plus y toucher. Je sais que c'est impossible mais, bon, c'est bien dommage.
L’Amant, Marguerite Duras, éditions de Minuit (1984)
L’Amant se déroule en Indochine à la fin des années 1920. Une jeune française de quinze ans, issue d'une famille coloniale ruinée, fait la connaissance d’un riche et élégant Chinois de douze ans son aîné, sur un bac traversant le fleuve Mékong. De cette rencontre, naît une liaison passionnée, transgressive et clandestine, marquée par les barrières sociales, raciales et familiales de l'époque. Cette autobiographie romancée se distingue par une narration qui oscille sans cesse entre la première et la troisième personne (« la petite »), créant ainsi une distance pudique et poétique.
Ce récit d’initiation, dans lequel Marguerite Duras revisite ses souvenirs, lui a valu de recevoir le prix Goncourt en 1984.
Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C'est moi. Elle l'avait reconnu dès la voix. Il avait dit : je voulais seulement entendre votre voix.
Les conditions idéales, Mokhtar Amoudi, éditions Gallimard (2023)
Abandonné par ses parents, Skander est placé à l’Aide sociale à l’enfance dès son plus jeune âge. Habitué à être bringuebalé de famille d’accueil en famille d’accueil, ce garçon curieux trouve très tôt refuge dans le dictionnaire. Son existence bascule lorsqu’il atterrit en Seine-Saint-Denis, chez Madame Khadija. Jusqu’ici excellent élève, il se met à fréquenter les jeunes du Grand Quartier et sombre alors dans la délinquance. La rue devient son nouveau territoire et l’éloigne chaque jour un peu plus de ses rêves d’enfant… Pour questionner le déterminisme social, l’auteur propose une immersion dans l’enfance et l’adolescence de ce garçon qui doit lutter plus fort que la plupart pour s’en sortir. Avec Les conditions idéales, Mokhtar Amoudi signe un roman d’apprentissage sensible et pudique.
Dans le Larousse, on trouvait le monde entier expliqué. Il y avait ces locutions latines au sens caché mais toujours défini.

